Lorsque c’est le marché de l’offre qui est prédominant
C’est toujours le marché de l’offre qui innove. Il détermine même le niveau et la maturité du marché de la demande. Dans n’importe quel secteur :
c’est par le fait que Mary Quant ait endossé les premières mini-jupes produites par ses ateliers que la mode du très court a depuis déferlé... Mais,
malgré l’évidence des derniers cinquante ans dans les échanges internationaux, il demeure toujours une idée reçue suivant laquelle une activité est
redevable du marché de la demande et nullement, ou peu, de celui de l’offre. Naturellement c’est le contraire qui est vrai, surtout après que le marché de
l’offre est devenu prépondérant par rapport à celui de la demande (à partir, environ, des années 60). La globalisation galopante a ultérieurement perfectionné
cette réalité marketing : l’hégémonie de l’offre n’a jamais été si clairement indiscutable et dominante. Ce renversement des positions dans les marchés n’a
pas toujours été suivi par l’univers de la formation. On pourrait même affirmer que les institutions préposées à former les jeunes aux débouchés du travail
ont souvent pataugé dans des visions et des programmes plutôt obsolètes. Et nous n’arrivons pas ici à parler des idéologies vaguement anticapitalistes qui ont
conquis - à partir des années 70 - les écoles européennes et leurs professeurs « protagonistes » dans la pédagogie formative.

PROF. Giuliana Elisa SCHIAVI
La mystification de la qualité impossible pour les « boîtes aux lettres »
L’univers des services linguistiques et des écoles pour traducteurs ne fait pas exception à cette évaluation. Naturellement, la responsabilité principale de
la très large ignorance dans notre secteur de la traduction et de la globalisation revient surtout aux entreprises qu’y opèrent
(le marché de l’offre). Il s’agit de l’océan
de nos concurrents monolocalisés, « obligés » de cacher aux marchés que la qualité linguistique (la base même de nos services) ne peut se
produire qu’en disposant d’une organisation mondiale : autant de sièges que de langues (et géostyles) promises aux clients et aux futurs clients ! Sinon,
comment assurer la qualité d’un texte qu’on ne sait pas lire et écrire?En
effet, toutes ces entreprises (appelées « boîte aux lettres
») ne disposant de sièges que dans un seul pays ne
pourraient produire pertinemment que la langue qu’on y parle
(parfois deux). La pratique de la presque totalité des ces
entreprises innombrables est par contre celle de
sous-traiter à des free-lances ou à des concurrents la
réalisation des langues étrangères ; sans aucune assurance
de la qualité, naturellement !
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Et, malgré cela, ces « boîtes aux lettres » osent toujours
parler de leur soi-disant qualité.
L’obscurantisme des agences monolocalisées et l’enseignement clair des traductologues
Les grands traductologues, c’est-à-dire les chercheurs en linguistique des derniers soixante-dix ans (presque tous des professeurs d’université),
ont constamment rappelé, depuis des décennies, les vérités organisationnelles indispensables à une production de qualité des services linguistiques :
- la nécessité d’un contrôle systématique qui en traduction s’appelle « révision » : l’écriture est faillible par définition et la révision
par un deuxième traducteur est indispensable vu que les délais sont toujours « impossibles ou presque » (un traducteur peut réviser son propre texte
à la condition de le faire «dormir», c’est-à-dire de pouvoir s’en détacher psychologiquement);
- la nécessité d’une intervention de rigueur terminologique même sur le plan géostylistique : le technolecte du texte traduit doit être restitué,
langue par langue, avec une précision totale par rapport au « jargon » du secteur et de l’entreprise (ou l’institution) cliente (cette validation
linguistique est par ailleurs située à l’intérieur d’une chaîne de contrôles qui prévoient également l’homogénéisation multilingue, la localisation et
la coordination globale du projet);
- la dernière de ces trois vérités est la nécessité de produire la traduction dans un siège du pays de la langue d’arrivée pour au moins trois
raisons :
- parce que les langues changent plus qu’on ne le croit (il suffit de comptabiliser la quantité impressionnante des nouvelles entrées et des sorties
des dictionnaires chaque année);
- parce que les traducteurs émigrés sont victimes de fréquentes interférences lexicales et phraséologiques induites par la langue du pays
d’accueil (de plus, ils perdent plus ou moins le contact vital avec leur propre langue maternelle);
- parce que les géostyles divergent de plus en
plus par rapport aux langues d’origine (le brésilien
par rapport au portugais ou l’argentin face au
castillan ibérique, par exemple)
Les écoles de traduction sont également coresponsables
Mais les entreprises linguistiques ne sont pas les seules fautives de la mystification principale de notre secteur d’activités.
Les écoles pour traducteurs et interprètes sont elles aussi responsables du primitivisme des marchés des services linguistiques. Sont encore rares les écoles (ou les facultés) qui ont vraiment ajourné leurs programmes, qui recherchent constamment un contact direct avec le monde de la production et des marchés ou qui disposent de professeurs préoccupés d’un enseignement pédagogiquement moderne dans les méthodes et dans les contenus.
Comment peut-on prétendre que les clients et les futurs clients (le marché de la demande) soient renseignés sur les principes traductologiques modernes de l’industrie de la langue lorsque le marché de l’offre - constitué par les entreprises linguistiques et, bien sûr, les institutions préposées à la formation - continuent à demeurer obsolètes ?
Parmi les établissements universitaires européens, il y a eu dans les quinze dernières années, une certaine modernisation sinon des contenus au moins des méthodes d’enseignement.
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En effet, il y a eu un groupe d’instituts de formation, bien connu d’ailleurs dans chaque pays (comme par exemple l’Université de Trieste, celle de Salamanca, de Heidelberg ou de Salford), qui ont essayé de remettre à jour les programmes concernant les langues et d’intégrer dans l’enseignement les systèmes informatiques d’aide à la traduction (indispensables dans la profession).

La Scuola Superiore Mediatori Linguistici di Vicenza pour une licence traductologiquement moderne
Le mérite de cette modernisation réside généralement dans l’initiative souvent très subjective de l’avant-garde formée par des professeurs de talent et passionnés pour leur mission. Ils conçoivent leur école même comme une entreprise animée par le souci de la compétitivité dans le marché. C’est le cas, pour l’Ecole Supérieure Médiateurs Linguistiques de Vicenza, du professeur Giuliana Schiavi, responsable de la Coordination Master-Erasmus. L’Ecole fait partie du programme CETRA réunissant en Intranet les étudiants des plus importantes facultés universitaires européennes. L’institut a été nommé par la Commission Européenne titulaire de l’enseignement universitaire « Histoire de la construction européenne et fonctionnement des Institutions communautaires » (Action Jean Monnet).
L’Ecole Supérieure de Vicenza, par ailleurs, se situe parmi celles qui cultivent activement un rapport diversifié avec l’univers du marché. Ainsi, elle organise des conférences, des visites aux entreprises de services linguistiques, des stages en agences pour étudiants et des rencontres sont tenues par des responsables d’agences de traduction afin de rapprocher ces deux mondes si encore cruellement séparés.
Si les entreprises linguistiques risquent de demeurer «acéphales », sans un rapport continu avec les universités et l’univers de la formation, les universités ne feront qu’accroître leur isolement par rapport aux marchés et à la société civile si elles ne disposent pas d’une relation constante avec le monde de la production.
Voilà les raisons d’un mariage inévitable pour tout secteur et spécialement pour les activités de nos services linguistiques.

Le professeur Giuliana Schiavi en visite au siège central Eurologos à Bruxelles.
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