Recherche & Développement
Extrait d’un dialogue imaginaire entre deux pères du publishing multilingue.
La démission de Saint Jérôme.
Dans l’ « impossible » rencontre entre
Saint Jérôme et Gutenberg,
on a également parlé d’Eurologos
et de sa filiale Littera Graphis
La démission de Saint Jérôme.
Dans l’ « impossible » rencontre entre
Saint Jérôme et Gutenberg,
on a également parlé d’Eurologos
et de sa filiale Littera Graphis
« J’ai accepté cette rencontre
parce qu’elle s’est déjà produite
dans nos professions »
parce qu’elle s’est déjà produite
dans nos professions »
G. - Votre Sainteté Hyeronimus, ce 30 septembre 2006, jour de votre fête annuelle où les traducteurs
vous célèbrent comme leur Patron, j’ai voulu vous rencontrer personnellement pour vous rendre
hommage.
J. - J’ai bien consenti à votre demande, Maître Gutenberg, car j’ai beaucoup entendu parler de vous –
déjà plus de 500 ans désormais – et de votre invention prodigieuse, l’imprimerie, qui a permis de
diffuser, entre autres, ma Vulgate, la Bible, dans le monde entier.
G. - J’aurais bien voulu la terminer plus tôt, Votre Sainteté, mais l’impression de ma Bible
« à trente-six lignes » a dû être interrompue car j’ai perdu le procès qui m’opposait au
commanditaire mon associé…
J. - Ne vous en faites pas, mon cher Maître, c’est vous qui êtes passé à la posterité et non ce Fust de
Mayence (s’appelait-il au juste Johann comme vous-même, si je ne m’abuse).
C’est en votre honneur que les Strasbourgeois ont érigé le monument avec la magnifique fontaine
près de leur cathédrale gothique : certainement parmis les plus belles de France et sur la frontière,
avec sa belle pierre rouge de la région.
G. - Vous êtes trop bon. On m’avait dit que dans votre immense humanisme, qui a fait de vous un savant
de votre époque, vous êtes également très miséricordieux : je ne suis qu’un maître d’œuvre qui a
travaillé toute sa vie pour n’inventer qu’une presse, des caractères en métal et une encre permettant
d’imprimer même le verso des pages.
J. - Vous savez, Maître, l’histoire est souvent façonnée par des inventeurs et des professionnels qui
travaillent humblement dans la grisaille de leurs journées innombrables : leurs activités ajoutent
une véritable valeur à la Création.
G. - Cela me fait chaud au cœur, Sainteté. Avant de vous rencontrer, j’ai compulsé vos ouvrages qui
m’ont ébahi par leur culture et leur extension. Tous les grands traductologues se réfèrent à vous
(on les appelle ainsi, en ces jours où Internet et le multilinguisme dominent l’ère de la
communication) : votre titre de Docteur de l’Eglise n’est pas usurpé.
J. - À vrai dire, la chose qui m’a fait le plus plaisir à cette époque, dans les années 2000, a été la
publication de la Bible, annoncée également par « Le Soir » de Bruxelles, dans la deux mille quatre
cent-troisième langue. Là, je pourrais dire que je n’en reviens pas : 2 403 langues dans lesquelles
la Parole de Dieu est transmise aux hommes de la Terre… C’est grâce à vous, Maître Gutenberg,
que cela a pu être possible.
G. - Je reconnais en vous la gentille interlocution du diplomate polyglotte que vous étiez, pour au moins
trois ans, au service du Pape Damase, dans presque tous les pays alors connus. Je pourrais
également affirmer que c’est grâce au multilinguisme de cette époque, l’ère dite de la globalisation,
que la Bible a pu être traduite dans presque deux mille cinq cent langues. Et votre Sainteté est à
l’origine de ce mouvement.
J .- Ce n’est pas par hasard si vous, ouvrier prototypique du XVe siècle, avez été anobli par l’Archevêque
de Mayence. La véritable noblesse n’est pas héréditaire, mais le fruit du talent, du travail, de
l’ouvrage. En effet, si j’ai accepté cette rencontre, c’est qu’en quelque sorte, elle s’est déjà produite
dans nos professions. Dans ce que ces modernes, que nous observons de là-haut, ont appelé les
nouveaux marchés de l’offre des médias de communication.
G. - Votre Sainteté a bien vu : les contenus et les contenants se sont rencontrés. Le contenu de la
communication (qui est devenu inévitablement multilingue) a rencontré et s’est même marié avec
ses supports, qu’il soient imprimés ou en ligne. Les entreprise vraiment modernes doivent produire
aussi bien les textes multilingues que ses supports d’imprimerie (le prépresse), d’Internet (les
sites web) ou de lecture (les CD et les DVD).
J. - En effet, j’aurais également voulu rencontrer d’autres hommes. Ceux qui sont à la base de la
modernité informatique et télématique (les Technologies de l'information), comme vous à la
Renaissance pour l’imprimerie, Maître Gutenberg. Ce qui me paraît assez étrange, est que ces
hommes ne soient actuellement pas très connus. Qui connaît l’inventeur d’Internet ?
À présent, on dirait qu’il existe une multipaternité aussi bien des contenus que des leurs supports
informatiques.
G. - Exactement, votre Sainteté. Ce sont aujourd’hui les entreprises qui ont synthétisé cette maîtrise.
On appelle cela know-how, savoir-faire. Il s’agit souvent de nouvelles entreprises qui ont intégré
dans leurs activités plusieurs types de productions qui, auparavant, étaient bien séparées, souvent
primitives (comme on dit aujourd’hui).
J. - Je suis arrivé à découvrir cette entreprise que vous connaissez aussi, mon cher Maître, d’après ce
que j’ai pu voir. Dans votre carte d’invitation, vous mentionnez son site web. Mais moi, je la
connaissais déjà depuis longtemps pour une autre raison : en plus de parler très fréquemment de
moi et de mes ouvrages dans ses livres, elle a introduit un discours nouveau grâce auquel je
pourrais être moins surmené…
G. - Vous, Saint Jérôme, surmené ? Je croyais qu’après votre retraite dans votre couvent en Palestine –
vers la fin du quatrième siècle, je ne voudrais pas me tromper – vous aviez totalement oublié le
mot que les modernes appellent « stress ».
J. - En réalité, je suis « stressé » depuis à peine une bonne trentaine d’années. Depuis que la
traduction dite « pragmatique », celle concernant le domaine commercial, technique et publicitaire
est devenue une activité très prisée. Auparavant, les traductions étaient fondamentalement littéraires
ou poétiques, parfois militaires ou, rarement, économiques. Une activité somme toute marginale ou
de « repos ». La communication multilingue et intense de la globalisation et d’Internet n’a donc rien
arrangé.
G. - Mais, pourquoi cette augmentation considérable de la communication multilingue et visuelle aurait
induit du surmenage sur votre Personne ? Et en quoi le Groupe Eurologos et sa filiale infographique
Littera Graphis, aurait permis de diminuer votre « stress » ?
J. - Ce discours du Groupe Eurologos, et de sa filiale de localisation de sites web et d’imprimés, est
très simple et pertinent. Comment une agence de traduction et de graphisme peut-elle livrer à ses
clients des publications multilingues de qualité garantie lorsqu’elle ne dispose que d’un seul siège
monolocalisé dans un seul pays ? La réponse est simplement : « Impossible ».
G. - Je commence à comprendre, mais je n’en suis pas complètement sûr.
J. - On le sait depuis toujours, mais d’autant plus à cette époque où le multilinguisme de la
communication est devenu endémique : une langue de qualité ne peut être produite que si deux
préconditions sont assurées.
Primo, elle doit être écrite par un rédacteur – de qualité, cela va de soi – (un traducteur
professionnel, par exemple) ne travaillant que vers sa langue maternelle.
Secundo, ce rédacteur doit vivre dans le pays de la langue en question afin d’éviter tout problème
d’interférences lexicales, phraséologiques ou conceptuelles avec la langue locale et étrangère, s’il
est émigré, habituellement utilisée.
G. - Tout en étant imprimeur, graphiste, j’en avais l’intuition. Je me souviens de la période où j’habitais à
Strasbourg, où le français s’imbriquait avec mon allemand et celui, très dialectal, parlé dans la ville
de mon exil sur le Rhin. Tout un chacun, d’ailleurs, peut le comprendre.
J. - Cela va de soi, comme vous dites : inutile d’interpeller les traductologues et de se référer à leurs
vastes études de plus d’une cinquantaine d’années. Mais la réalité est tout à fait différente : comme
la quasi-totalité de ces bureaux de traduction et de publication situés dans le monde entier ne
dispose que d’un seul siège de localisation (ils sont pratiquement toujours monolocalisés dans un
seul pays ou dans une seule langue), la qualité linguistique ne peut jamais être vraiment garantie.
Ces bureaux (qui constituent plus de 99% du total) ne peuvent pas contrôler et valider les textes
qu’ils reçoivent de la part de leurs free-lances ou de la part de concurrents : ils sont techniquement
analphabètes.
G. - J’avais remarqué que même mes graphistes ou infographistes (comme on les appelle) ont
tendance à faire des fautes graphiques étant donné qu’ils ne savent pas lire les textes
(multilingues) qu’ils mettent en pages. Toutefois, cette histoire de « stress » m’échappe encore.
J. - Eh bien, la thèse du Groupe Eurologos et de Littera Graphis est très simple et logique. Comme ces
bureaux de traduction sont dans l’impossibilité de garantir à leurs clients la bonne qualité des
traductions ou des textes multilingues (sauf naturellement les langues, deux ou trois au maximum,
parlées dans leur pays de résidence), ils doivent fatalement demander mon intervention
transcendante auprès des free-lances et des bureaux concurrents afin de les préserver
miraculeusement des fautes. Y compris les erreurs graphiques – surtout celles qualifiées de
« mastic » – auxquelles vous faites allusion.
G. - Heureusement, si je puis dire, qu’on ne m’a pas sanctifié, moi, fondamentalement un simple
pécheur. Autrement, je me serais également trouvé a faire face à ces prières de superstition
religieuse trop vulgairement intéressées, pour éviter les mastics et toutes les fautes
graphiques…
J. - Bien que Patron de la traduction, thème sur lequel j’ai écrit pas mal de notes qu’on qualifierait
aujourd’hui, comme vous disiez, de traductologiques, ma passion pour la correction orthosyntaxique
et sémantique est loin de pouvoir assurer la perfection pour une quantité à l’évidence impossible à
suivre. D’où le « stress » et l’inutilité de mon engagement volontaire, bien que démesuré.
G. - Et alors, que va-t-il se passer ?
J. - Moi-même, je n’en sais rien. Mais il est certain que j’ai démissionné de mon poste de faiseur de
miracles. Le Groupe Eurologos fait l’effort de se multinationaliser et de se « glocaliser »
(c’est comme ça qu’ils disent) afin d’assurer – comme il serait logique et raisonnable – un siège
complet de rédacteurs, traducteurs, réviseurs, terminologues, localisateurs, infographistes,
webmasters, informaticiens et project managers. Mais, cette idée de disposer d’autant de sièges
que de langues promises aux clients n’est nullement suivie par ses concurrents qui insistent à
rester escamotés dans leur unique siège. Et ceci, malgré qu’ils continuent à proposer à leurs
clients toutes les langues du monde !
G. - La « glocalisation » (j’ai aussi lu ce terme moderne californien très adéquat et pertinent repris par
ce Groupe Eurologos, contraction entre globalisation et localisation) constitue la solution réelle,
même pour les localisations de logiciels et de sites web – outre, naturellement, pour le printing.
Comme vous voyez, j’utilise moi aussi ces termes très modernes : il m’a suffi de lire les glossaires
que l’on peut trouver sur les sites web de Littera Graphis et d’Eurologos, la maison mère
bruxelloise.
J. - Je conviens que la solution stratégique de ce secteur ne peut être que celle de la
multinationalisation des entreprises, de la « glocalisation », comme disent ces braves gens du
Groupe Eurologos et de leur filiale Littera Graphis. D’autant plus que je viens de découvrir un
énième escamotage de certaines de ces « boîtes aux lettres » : c’est comme ça qu’on appelle,
dans la profession, ces agences de publishing multilingue monolocalisées. Celles-ci affirment
qu’elles sous-traitent leurs publications (traductions et supports internet ou printing) pour la révision
finale avant livraison. Les clients se contentent, ou font semblant de se contenter, de cette solution
qui, en réalité, n’en est pas une.
G. - Et pourquoi, votre Sainteté ? N’est-il pas judicieux de faire un contrôle de qualité final avant de livrer?
J. - Je ne sais pas trop en graphisme, en lay-out ou en mise en pages (quoique !), mais certainement
en termes de textualité, de rédaction et de traduction, qui décidera le texte final après cette soi-disant
révision sous-traitée ? Le plus souvent, il s’agit d’une solution annoncée mais non réalisée
réellement car – comme service à part – elle coûte évidemment cher et rallonge les délais presque
toujours au-delà du possible…
Mais, même lorsqu’on réalise cette révision, on n’est pas en mesure de la valider car les réviseurs
(surtout les réviseurs, disent les traductologues très experts en « erreurs d’hypercorrection »)
peuvent également se tromper. On ne peut sous-traiter le contrôle de la qualité. On peut tout
sous-traiter, sauf le contrôle final.
G. - Je suis très content que vous, Sainteté, ayez également bien repéré ces escamotages. Ils
ressemblent beaucoup, par exemple, à l’affichage éblouissant de l’ISO 9000. Beaucoup de studios
graphiques et de développement de sites web utilisent, à la même enseigne, l’obtention de l’ISO qui
ne concerne ni la qualité linguistique ni la qualité graphique ou celle du façonnage. On se demande
si les clients ne veulent pas, de leur propre chef, être trompés…
La conversation entre Gutenberg et Saint Jérôme continue. Nous avons débranché les micros. Comme on pouvait l’imaginer, le deux grands personnages continuent à dialoguer passionnément et avec beaucoup de pertinence, comme deux professionnels soucieux et modernes.
vous célèbrent comme leur Patron, j’ai voulu vous rencontrer personnellement pour vous rendre
hommage.
J. - J’ai bien consenti à votre demande, Maître Gutenberg, car j’ai beaucoup entendu parler de vous –
déjà plus de 500 ans désormais – et de votre invention prodigieuse, l’imprimerie, qui a permis de
diffuser, entre autres, ma Vulgate, la Bible, dans le monde entier.
G. - J’aurais bien voulu la terminer plus tôt, Votre Sainteté, mais l’impression de ma Bible
« à trente-six lignes » a dû être interrompue car j’ai perdu le procès qui m’opposait au
commanditaire mon associé…
J. - Ne vous en faites pas, mon cher Maître, c’est vous qui êtes passé à la posterité et non ce Fust de
Mayence (s’appelait-il au juste Johann comme vous-même, si je ne m’abuse).
C’est en votre honneur que les Strasbourgeois ont érigé le monument avec la magnifique fontaine
près de leur cathédrale gothique : certainement parmis les plus belles de France et sur la frontière,
avec sa belle pierre rouge de la région.
G. - Vous êtes trop bon. On m’avait dit que dans votre immense humanisme, qui a fait de vous un savant
de votre époque, vous êtes également très miséricordieux : je ne suis qu’un maître d’œuvre qui a
travaillé toute sa vie pour n’inventer qu’une presse, des caractères en métal et une encre permettant
d’imprimer même le verso des pages.
J. - Vous savez, Maître, l’histoire est souvent façonnée par des inventeurs et des professionnels qui
travaillent humblement dans la grisaille de leurs journées innombrables : leurs activités ajoutent
une véritable valeur à la Création.
G. - Cela me fait chaud au cœur, Sainteté. Avant de vous rencontrer, j’ai compulsé vos ouvrages qui
m’ont ébahi par leur culture et leur extension. Tous les grands traductologues se réfèrent à vous
(on les appelle ainsi, en ces jours où Internet et le multilinguisme dominent l’ère de la
communication) : votre titre de Docteur de l’Eglise n’est pas usurpé.
J. - À vrai dire, la chose qui m’a fait le plus plaisir à cette époque, dans les années 2000, a été la
publication de la Bible, annoncée également par « Le Soir » de Bruxelles, dans la deux mille quatre
cent-troisième langue. Là, je pourrais dire que je n’en reviens pas : 2 403 langues dans lesquelles
la Parole de Dieu est transmise aux hommes de la Terre… C’est grâce à vous, Maître Gutenberg,
que cela a pu être possible.
G. - Je reconnais en vous la gentille interlocution du diplomate polyglotte que vous étiez, pour au moins
trois ans, au service du Pape Damase, dans presque tous les pays alors connus. Je pourrais
également affirmer que c’est grâce au multilinguisme de cette époque, l’ère dite de la globalisation,
que la Bible a pu être traduite dans presque deux mille cinq cent langues. Et votre Sainteté est à
l’origine de ce mouvement.
J .- Ce n’est pas par hasard si vous, ouvrier prototypique du XVe siècle, avez été anobli par l’Archevêque
de Mayence. La véritable noblesse n’est pas héréditaire, mais le fruit du talent, du travail, de
l’ouvrage. En effet, si j’ai accepté cette rencontre, c’est qu’en quelque sorte, elle s’est déjà produite
dans nos professions. Dans ce que ces modernes, que nous observons de là-haut, ont appelé les
nouveaux marchés de l’offre des médias de communication.
« Qui connaît l’inventeur d’Internet ? »
G. - Votre Sainteté a bien vu : les contenus et les contenants se sont rencontrés. Le contenu de la
communication (qui est devenu inévitablement multilingue) a rencontré et s’est même marié avec
ses supports, qu’il soient imprimés ou en ligne. Les entreprise vraiment modernes doivent produire
aussi bien les textes multilingues que ses supports d’imprimerie (le prépresse), d’Internet (les
sites web) ou de lecture (les CD et les DVD).
J. - En effet, j’aurais également voulu rencontrer d’autres hommes. Ceux qui sont à la base de la
modernité informatique et télématique (les Technologies de l'information), comme vous à la
Renaissance pour l’imprimerie, Maître Gutenberg. Ce qui me paraît assez étrange, est que ces
hommes ne soient actuellement pas très connus. Qui connaît l’inventeur d’Internet ?
À présent, on dirait qu’il existe une multipaternité aussi bien des contenus que des leurs supports
informatiques.
G. - Exactement, votre Sainteté. Ce sont aujourd’hui les entreprises qui ont synthétisé cette maîtrise.
On appelle cela know-how, savoir-faire. Il s’agit souvent de nouvelles entreprises qui ont intégré
dans leurs activités plusieurs types de productions qui, auparavant, étaient bien séparées, souvent
primitives (comme on dit aujourd’hui).
J. - Je suis arrivé à découvrir cette entreprise que vous connaissez aussi, mon cher Maître, d’après ce
que j’ai pu voir. Dans votre carte d’invitation, vous mentionnez son site web. Mais moi, je la
connaissais déjà depuis longtemps pour une autre raison : en plus de parler très fréquemment de
moi et de mes ouvrages dans ses livres, elle a introduit un discours nouveau grâce auquel je
pourrais être moins surmené…
G. - Vous, Saint Jérôme, surmené ? Je croyais qu’après votre retraite dans votre couvent en Palestine –
vers la fin du quatrième siècle, je ne voudrais pas me tromper – vous aviez totalement oublié le
mot que les modernes appellent « stress ».
J. - En réalité, je suis « stressé » depuis à peine une bonne trentaine d’années. Depuis que la
traduction dite « pragmatique », celle concernant le domaine commercial, technique et publicitaire
est devenue une activité très prisée. Auparavant, les traductions étaient fondamentalement littéraires
ou poétiques, parfois militaires ou, rarement, économiques. Une activité somme toute marginale ou
de « repos ». La communication multilingue et intense de la globalisation et d’Internet n’a donc rien
arrangé.
G. - Mais, pourquoi cette augmentation considérable de la communication multilingue et visuelle aurait
induit du surmenage sur votre Personne ? Et en quoi le Groupe Eurologos et sa filiale infographique
Littera Graphis, aurait permis de diminuer votre « stress » ?
J. - Ce discours du Groupe Eurologos, et de sa filiale de localisation de sites web et d’imprimés, est
très simple et pertinent. Comment une agence de traduction et de graphisme peut-elle livrer à ses
clients des publications multilingues de qualité garantie lorsqu’elle ne dispose que d’un seul siège
monolocalisé dans un seul pays ? La réponse est simplement : « Impossible ».
« Je me souviens de la période à
laquelle j’habitais à Strasbourg
où le français s’imbriquait
avec mon allemand… »
laquelle j’habitais à Strasbourg
où le français s’imbriquait
avec mon allemand… »
G. - Je commence à comprendre, mais je n’en suis pas complètement sûr.
J. - On le sait depuis toujours, mais d’autant plus à cette époque où le multilinguisme de la
communication est devenu endémique : une langue de qualité ne peut être produite que si deux
préconditions sont assurées.
Primo, elle doit être écrite par un rédacteur – de qualité, cela va de soi – (un traducteur
professionnel, par exemple) ne travaillant que vers sa langue maternelle.
Secundo, ce rédacteur doit vivre dans le pays de la langue en question afin d’éviter tout problème
d’interférences lexicales, phraséologiques ou conceptuelles avec la langue locale et étrangère, s’il
est émigré, habituellement utilisée.
G. - Tout en étant imprimeur, graphiste, j’en avais l’intuition. Je me souviens de la période où j’habitais à
Strasbourg, où le français s’imbriquait avec mon allemand et celui, très dialectal, parlé dans la ville
de mon exil sur le Rhin. Tout un chacun, d’ailleurs, peut le comprendre.
J. - Cela va de soi, comme vous dites : inutile d’interpeller les traductologues et de se référer à leurs
vastes études de plus d’une cinquantaine d’années. Mais la réalité est tout à fait différente : comme
la quasi-totalité de ces bureaux de traduction et de publication situés dans le monde entier ne
dispose que d’un seul siège de localisation (ils sont pratiquement toujours monolocalisés dans un
seul pays ou dans une seule langue), la qualité linguistique ne peut jamais être vraiment garantie.
Ces bureaux (qui constituent plus de 99% du total) ne peuvent pas contrôler et valider les textes
qu’ils reçoivent de la part de leurs free-lances ou de la part de concurrents : ils sont techniquement
analphabètes.
G. - J’avais remarqué que même mes graphistes ou infographistes (comme on les appelle) ont
tendance à faire des fautes graphiques étant donné qu’ils ne savent pas lire les textes
(multilingues) qu’ils mettent en pages. Toutefois, cette histoire de « stress » m’échappe encore.
J. - Eh bien, la thèse du Groupe Eurologos et de Littera Graphis est très simple et logique. Comme ces
bureaux de traduction sont dans l’impossibilité de garantir à leurs clients la bonne qualité des
traductions ou des textes multilingues (sauf naturellement les langues, deux ou trois au maximum,
parlées dans leur pays de résidence), ils doivent fatalement demander mon intervention
transcendante auprès des free-lances et des bureaux concurrents afin de les préserver
miraculeusement des fautes. Y compris les erreurs graphiques – surtout celles qualifiées de
« mastic » – auxquelles vous faites allusion.
« La glocalisation
constitue la solution réelle,
même pour la localisation
des logiciels et de sites web »
constitue la solution réelle,
même pour la localisation
des logiciels et de sites web »
G. - Heureusement, si je puis dire, qu’on ne m’a pas sanctifié, moi, fondamentalement un simple
pécheur. Autrement, je me serais également trouvé a faire face à ces prières de superstition
religieuse trop vulgairement intéressées, pour éviter les mastics et toutes les fautes
graphiques…
J. - Bien que Patron de la traduction, thème sur lequel j’ai écrit pas mal de notes qu’on qualifierait
aujourd’hui, comme vous disiez, de traductologiques, ma passion pour la correction orthosyntaxique
et sémantique est loin de pouvoir assurer la perfection pour une quantité à l’évidence impossible à
suivre. D’où le « stress » et l’inutilité de mon engagement volontaire, bien que démesuré.
G. - Et alors, que va-t-il se passer ?
J. - Moi-même, je n’en sais rien. Mais il est certain que j’ai démissionné de mon poste de faiseur de
miracles. Le Groupe Eurologos fait l’effort de se multinationaliser et de se « glocaliser »
(c’est comme ça qu’ils disent) afin d’assurer – comme il serait logique et raisonnable – un siège
complet de rédacteurs, traducteurs, réviseurs, terminologues, localisateurs, infographistes,
webmasters, informaticiens et project managers. Mais, cette idée de disposer d’autant de sièges
que de langues promises aux clients n’est nullement suivie par ses concurrents qui insistent à
rester escamotés dans leur unique siège. Et ceci, malgré qu’ils continuent à proposer à leurs
clients toutes les langues du monde !
G. - La « glocalisation » (j’ai aussi lu ce terme moderne californien très adéquat et pertinent repris par
ce Groupe Eurologos, contraction entre globalisation et localisation) constitue la solution réelle,
même pour les localisations de logiciels et de sites web – outre, naturellement, pour le printing.
Comme vous voyez, j’utilise moi aussi ces termes très modernes : il m’a suffi de lire les glossaires
que l’on peut trouver sur les sites web de Littera Graphis et d’Eurologos, la maison mère
bruxelloise.
J. - Je conviens que la solution stratégique de ce secteur ne peut être que celle de la
multinationalisation des entreprises, de la « glocalisation », comme disent ces braves gens du
Groupe Eurologos et de leur filiale Littera Graphis. D’autant plus que je viens de découvrir un
énième escamotage de certaines de ces « boîtes aux lettres » : c’est comme ça qu’on appelle,
dans la profession, ces agences de publishing multilingue monolocalisées. Celles-ci affirment
qu’elles sous-traitent leurs publications (traductions et supports internet ou printing) pour la révision
finale avant livraison. Les clients se contentent, ou font semblant de se contenter, de cette solution
qui, en réalité, n’en est pas une.
« Ces escamotages ressemblent
à l’affichage publicitaire et
éblouissant de l’ISO 9000 »
à l’affichage publicitaire et
éblouissant de l’ISO 9000 »
G. - Et pourquoi, votre Sainteté ? N’est-il pas judicieux de faire un contrôle de qualité final avant de livrer?
J. - Je ne sais pas trop en graphisme, en lay-out ou en mise en pages (quoique !), mais certainement
en termes de textualité, de rédaction et de traduction, qui décidera le texte final après cette soi-disant
révision sous-traitée ? Le plus souvent, il s’agit d’une solution annoncée mais non réalisée
réellement car – comme service à part – elle coûte évidemment cher et rallonge les délais presque
toujours au-delà du possible…
Mais, même lorsqu’on réalise cette révision, on n’est pas en mesure de la valider car les réviseurs
(surtout les réviseurs, disent les traductologues très experts en « erreurs d’hypercorrection »)
peuvent également se tromper. On ne peut sous-traiter le contrôle de la qualité. On peut tout
sous-traiter, sauf le contrôle final.
G. - Je suis très content que vous, Sainteté, ayez également bien repéré ces escamotages. Ils
ressemblent beaucoup, par exemple, à l’affichage éblouissant de l’ISO 9000. Beaucoup de studios
graphiques et de développement de sites web utilisent, à la même enseigne, l’obtention de l’ISO qui
ne concerne ni la qualité linguistique ni la qualité graphique ou celle du façonnage. On se demande
si les clients ne veulent pas, de leur propre chef, être trompés…
La conversation entre Gutenberg et Saint Jérôme continue. Nous avons débranché les micros. Comme on pouvait l’imaginer, le deux grands personnages continuent à dialoguer passionnément et avec beaucoup de pertinence, comme deux professionnels soucieux et modernes.
Fra Nico Ornato