Conférence de Sébastien Chipot,
tenue le 11 janvier 2001, à l'Université de Reims,
sur le thème


LA GLOBALISATION DES MARCHÉS ET
LA PRODUCTION DE L'ÉDITING MULTILINGUE
:

L'INGÉNERIE LINGUISTIQUE AU SERVICE DE LA TRADUCTION ET
LES DÉBOUCHÉS OFFERTS AUX JEUNES DIPLÔMÉS

 

 

 

 

Sommaire

  1. EUROLOGOS et la relocalisation des langues
  2. Le marché de la traduction : positionnement marketing de l'offre
  3. La globalisation : produire là où les langues sont parlées
  4. Les 3 niveaux de qualité (traduction, adaptation et éditing)
  5. La Terminologie : le futur de la traduction
  6. Les débouchés offerts aux jeunes diplomés

 

1. EUROLOGOS et la relocalisation des langues

On assiste depuis ces dernières années à une accélération irréversible de la globalisation des économies et cela amène les entreprises de tous les pays à devoir exporter encore plus leurs produits et services.
La communication publicitaire et technique s'en trouve donc accrue et le besoin de services multilingues de qualité s'est déjà grandement fait sentir.

Le Groupe Eurologos, pour répondre à cette nouvelle demande en quantité et en qualité, s'est structuré pour faire partie des rares entreprises multilingues et multinationales qui, par leur développement des nouvelles technologies appliquées dans le domaine de la traduction, se situent en position de leader sur ces marchés internationaux.

Le Groupe Eurologos a été fondé à Bruxelles en 1977. Comme toutes les agences déjà en place à cette époque, Eurologos se contentait de fournir uniquement un service linguistique de traduction et d'interprétation. En dépit d'une ambition croissante, Eurologos ressemblait fort à ce que l'on appelle aujourd'hui une société "boîte aux lettres" : une mini-entreprise locale utilisant le travail des free-lances.

Rapidement, le marché aidant, Eurologos a compris qu'une telle structure n'était tout de même pas stratégique. Et pour cause, conscient qu'on ne pouvait promettre la qualité linguistique sans avoir les moyens de la produire, le groupe dirigeant d'Eurologos a vite opté pour une autre politique.

C'est pourquoi, en plus des services de traduction et d'interprétation, il a crée en 1989, la société Littera Graphis qui gère les services prépresse, layout et impression.

Pour compléter les atouts de cette nouvelle politique, après la production de prépresse et celle de conception rédactionnelle, il fallait s'internationaliser. Eurologos a donc décidé d'ouvrir d'autres sièges : Anvers, Arad, Athènes, Bucarest, Casablanca, Cologne, Jérusalem, Kharkov, Odessa, Milan, Montréal, Monterrey, New Delhi, Rome, Tel Aviv et un siège à Tokyo.
La question stratégique sur le plan du marketing était simple, fallait-il délocaliser le marché? En réalité, il ne s'agissait pas de délocaliser mais de relocaliser, tout au moins, relocaliser la production des langues. En effet, toute entreprise multilingue qui se respecte doit pouvoir garantir une qualité linguistique irréprochable. Pour ce faire, l'idéal est de produire les textes (traductions et layout "là où les langues sont parlées").
La globalisation l'exige : c'est ainsi que notre groupe a commencé à parcourir le monde afin d'implanter de nouvelles succursales. Nous sommes certains que saint Jérôme - Docteur de l'Eglise mais également grand polyglotte mondain et politique - ne confondra pas ambition professionnelle et Vanité Humaine : bien que mégalophobes comme tout bon traducteur, nous sommes condamnés à réaliser un projet intrinsèquement mégalomane : la Tour de Babel en négatif. Que l'on réfléchisse : il faudra ouvrir au moins une quarantaine de sièges. En effet, si l'Unesco a répertorié 6500 langues (y compris le gallois, la gaélique et le breton), seulement - si on ose dire - une quarantaine de langues sont économiquement importantes. Notre but est donc d'arriver à au moins 40 sièges dans le monde entier.
Pour ne pas parler des sièges nécessaires pour couvrir les principaux géo-styles d'une même langue (anglais britannique et américain, portugais et brésilien, castillan et argentin, etc.)

 

2. Le marché de la traduction : positionnement marketing de l'offre

Mais comment se présente le marché actuel des services linguistiques ?

Le marché de la traduction peut se diviser en trois grands segments : les myriades de traducteurs indépendants, les petites entreprises exclusivement locales (même micro-entreprises) et les grandes entreprises réellement internationales.

  • Le premier segment, les traducteurs indépendants fournissent aussi bien les bureaux de traduction que les grandes entreprises, en direct. Ils ne travaillent qu'à partir d'une ou deux langues et ne disposent généralement pas encore (cela viendra) de mémoires de traduction et de glossaires terminologiques structurés.
     
  • Le deuxième segment, celui des entreprises locales, est constitué par la catégorie d'entreprises dites "boîtes aux lettres". Elles prétendent tout traduire, vers toutes les langues... et à la perfection. Mais il est évident qu'il s'agit d'overclaim : si vous rencontrez un des slogans trompeurs suivants "Plus de 100 traducteurs et tous spécialisés", vous pouvez être certains que vous avez à faire à ces agences. En réalité, elles finissent par livrer aux clients des textes qu'elles ne savent - forcément - ni lire ni écrire : en effet, elles ne disposent ni de traducteurs internes de langues maternelles, ni de sièges à l'étranger, en mesure de réviser réellement ces textes qu'elles reçoivent au courrier par les free-lances. Il faut remarquer ici que seulement des traducteurs de langue maternelle "vivant sur place" sont à même d'écrire et réviser sans risques d'interférences lexicales ou phraséologiques. On connaît les archaïsmes et les barbarismes systématiques des traducteurs émigrés !
     
  • Le troisième segment est constitué de ce qu'on appelle les entreprises Trois M. Elles sont constituées de Multinationales, de sociétés réellement Multilingues disposant d'importants départements Multimédias.

 

3. La globalisation : produire là où les langues sont parlées

La maîtrise parfaite de sa propre langue constitue un élément crucial dans la production de la qualité linguistique. Donc, faire traduire et réviser des documents par des locuteurs natifs. C'est ce qui explique nos succursales à l'étranger et notre plan d'en ouvrir encore plusieurs. Seuls les locuteurs natifs sont à même de juger de l'adéquation d'un texte original avec sa traduction. Eux seuls sont capables de prendre en compte et mesurer les écarts stylistiques et la conformité sociolinguistique d'un texte. Toute agence de traduction qui se respecte et prétendant fournir des services multilingues ne peut se contenter d'une seule installation nationale.

Le processus de traduction du Groupe Eurologos fonctionne suivant un schéma très simple. Le project manager, est chargé d'établir un emploi du temps aussi précis que possible. On dit en général, qu'on prend le temps nécessaire au traducteur pour traduire et qu'on le multiplie par deux pour obtenir un délai approximatif de livraison. En effet, le traducteur peut ne pas être conscient des difficultés que va lui causer ce texte.
Nos traducteurs travaillent toujours vers leur langue maternelle et en couple, l'un traduit et l'autre révise. Le réviseur doit apporter au texte les changements qui lui semblent nécessaires d'un point de vue sémantique et orthosyntaxique - on ne saurait livrer un texte criblé de fautes d'orthographe, de syntaxe et d'infidélités. Le traducteur initial confirme ou infirme les corrections apportées par son collègue : même le réviseur peut se tromper. Une fois les contrôles et le travail d'homogénéisation terminés, le project manager se charge de livrer la fourniture au client.
Lorsqu'un texte est réalisé par un free-lance, le project manager le soumet au contrôle du réviseur interne au siège correspondant à la langue ou à son géo-style.

 

4. Les 3 niveaux de qualité

Le Groupe EUROLOGOS a défini un contrat de qualité identifiant trois niveaux :

  • Niveau "qualité-traduction" : ce niveau implique une restitution sémantique fidèle par rapport au texte source ainsi que l'acceptabilité syntaxique et orthographique des textes traduits.
     
  • Niveau "qualité-adaptation" : ce niveau requiert la préparation terminologique des textes à traduire. Le donneur d'ordre signifie au Project Manager ses exigences d'un point de vue thématique, morphologique et sociolinguistique. Le couple traducteur/réviseur établit un texte qui sera révisé et amélioré terminologiquement jusqu'à être livré.
     
  • Niveau "qualité-éditing" : il s'agit pour EUROLOGOS d'assurer non seulement la traduction mais aussi les travaux de mise en pages (et parfois d'impression) grâce à l'intervention de notre filiale prépresse, Littera Graphis. Les textes livrés sont ainsi conformes au layout de référence, ce qui représente un gain de temps énorme pour le client qui ne doit s'adresser qu'à un seul fournisseur pour son produit.

Comme à chaque fois dès qu'on a maîtrisé la complexité, c'est simple, efficace et économique!

 

5. La Terminologie : le futur de la traduction

Afin d'atteindre des niveaux de compétence accrus, le Groupe EUROLOGOS a décidé d'investir considérablement, il y a presque déjà dix ans, dans la terminologie. La terminologie alliée à l'informatique a - comme vous le savez - donné naissance à la terminotique ; c'est-à-dire la gestion de bases de données grâce à l'informatique. Les documents multilingues sont de plus en plus nombreux et techniques et c'est grâce à l'utilisation de l'ingénierie linguistique que l'on peut faciliter le processus traductif.
Le but du département de terminologie est de réaliser et gérer des glossaires et des mémoires de traduction de manière à accroître non seulement la qualité linguistique mais également la productivité. Les clients pour lesquels nous créons des bases de données sont ainsi assurés que leurs traductions seront conformes au technolecte de leur entreprise - c'est-à-dire en adéquation avec le vocabulaire propre utilisé par la société dans ses publications. Afin d'assurer cette précision linguistique, notre Groupe a choisi l'utilisation des systèmes Trados qui regroupent 3 logiciels importants : une base de données (Multiterm), un programme d'alignement (WinAlign) et un gestionnaire de mémoires de traduction (Translator's Workbench).

  • Multiterm'95

    Le logiciel Multiterm'95 permet de générer et d'entretenir des bases de données en vue de construire des glossaires ou des dictionnaires multilingues. C'est dans ces bases de données que sont précieusement conservés les technolectes de nos clients.
    L'opération initiale consiste à reprendre les anciennes traductions et à procéder au dépouillement terminologique du document : on relève en parallèle dans les deux textes les termes techniques.

    Une fois ce dépouillement terminé, on peut commencer à construire la base de données en créant des fiches ; ces fiches comportent un seul concept et ses traductions dans les différentes langues utilisées par le client. Ce logiciel permet aussi d'insérer des informations complémentaires telles que des renseignements grammaticaux, des définitions, des synonymes, des contextes, les sources et si oui ou non le terme a reçu l'approbation du client. Lorsque les glossaires atteignent une taille importante, il est conseillé de les surveiller constamment afin d'éviter tous risques d'occurrences multiples et de soumettre le résultat aux clients pour validation.
     
  • WinAlign
    Ce logiciel permet d'aligner un texte source et un texte cible une fois que les traductions ont été effectuées. Cependant, si l'on ne possède pas les textes en format PC, il convient de numériser les textes papier au moyen d'un scanner. L'étape suivante est la sauvegarde des textes en format RTF afin de pouvoir les aligner avec WinAlign. Les deux textes sont alors confrontés et le logiciel procède à l'alignement en se fondant sur plusieurs critères de reconnaissance : chiffres, ponctuations, nombre de caractères, etc. Lorsque l'alignement est achevé, le terminologue doit vérifier que les segments source ont bien été reliés avec les segments cibles, car il se peut qu'en raison de la ponctuation les segments aient été modifiés. En effet, WinAlign considère toujours qu'un point "." termine une phrase. Or, ce n'est pas toujours le cas, comme en allemand, par ex. : 12. Januar, ou bien s'il est utilisé dans des abréviations.
     
  • Translator's Workbench
    Ce programme - si l'on souhaite qu'il soit efficace et rentable - doit constamment faire l'objet de surveillance. Le terminologue doit aussi veiller à alimenter perpétuellement les mémoires de traduction afin de fournir aux traducteurs les meilleurs outils et les dernières mises à jour. Il existe deux façons d'utiliser le Translator's Workbench : soit en prétraduction soit en traduction interactive.
     
    • La prétraduction
      Après avoir paramétré le logiciel, en lui indiquant notamment le seuil minimum d'analogie, on soumet le texte source au logiciel qui va aller puiser les segments cible dans les mémoires de traduction. Le résultat est le suivant :

      TX BROCHURE - REF. 81003 - S99 REWORK

      Le modèle TX63 est propulsé par un moteur New Holland peu polluant, avec une puissance brute de 168 kW (226 ch). La Discovery Cab est le nec plus ultra en matière de confort et de contrôle de l'opérateur, et la vitre courbée offre une vue dégagée de la barre de coupe et de la surface d'alimentation de la récolte. Un inverseur d'alimentation hydraulique permet de dégager tout blocage rapidement et aisément.
      La TX63 possède une trémie d'une capacité de 7200 litres.

      Le premier segment correspond au segment source, le segment qui le suit directement représente la proposition de traduction, le petit chiffre entre crochet indique le seuil d'analogie, ici 73%. Cela signifie que la traduction est à 73% fiable, il se peut très bien qu'elle soit fiable à 100% mais que dû à une ponctuation différente le logiciel la considère comme différente. Quant aux troisième et quatrième segments, ils ont une analogie de 100%, la correspondance est donc parfaite.

      Lorsque l'analogie n'est pas trouvée, le logiciel réécrit le segment source. Pour faciliter ce repérage, le Translator's Workbench utilise 4 couleurs sur écran : la couleur bleue désigne les segments source, le noir indique qu'il n'y a aucune analogie, le rouge indique une analogie approximative (entre 70 et 99%) et le vert indique une équivalence parfaite.

      La dernière étape consiste au nettoyage du fichier : le logiciel supprime tous les segments source, il ne reste donc que la traduction.
       
    • La traduction interactive
      Cette façon de procéder est particulièrement efficace lorsqu'il s'agit de mettre à jours des brochures commerciales. En effet, les portions de textes à modifier sont minimes car ce sont généralement des modifications d'ordre terminologiques. Grâce à une barre des tâches interactive, on peut accéder au logiciel de traduction à partir du traitement de textes.

      Ce procédé consiste à ouvrir les segments les uns après les autres et de demander au logiciel s'il existe une traduction présente dans la mémoire. Le programme "pêche" alors les segments les uns après les autres. Si aucun segment n'a été trouvé ou est en dessous du seuil d'analogie, le traducteur doit donc rédiger lui-même la traduction.

       

6. Les débouchés offerts aux jeunes diplômés

  • Traducteur
    L'étudiant frais émoulu, tout droit sorti de son université ne sait pas toujours ce qui l'attend une fois arrivé sur le marché.
    Il est d'abord et avant tout essentiel que les étudiants ayant choisi de faire carrière dans la traduction bénéficient d'un stage en entreprise si possible dans une entreprise de traduction. Il faut se retrouver sur le marché du travail pour pouvoir à la fois juger ses propres compétences et son potentiel. Les traductions universitaires, aussi bonnes soient-elles, ne sont pas la preuve que le traducteur qui les a réalisées, soit un traducteur hors pair. Toute une série de facteurs doivent être pris en compte. Qu'il s'agisse des délais impartis par le client (et on ne peut pas dire qu'on en rencontre souvent dans les couloirs de l'université !), des outils à disposition et finalement de la longueur du texte. De nombreux étudiants sont bien souvent découragés en voyant que pour premier travail, ils auront à traduire dix pages sur le fonctionnement du moteur électrique en milieu aquatique...

    Je souhaite aborder ici la question de la spécialisation, celle-ci me semble particulièrement paradoxale. Certains free-lances décident de se spécialiser dans deux ou trois domaines au maximum afin d'assurer une quantité régulière de travail. Il ne faut cependant pas oublier que le télétravail se développant de plus en plus, nombreux sont les free-lances qui voient à long terme et qui n'hésitent pas à investir dans du matériel informatique tel que des logiciels terminologiques, mémoires de traduction, etc. La spécialisation s'acquiert en lisant les revues concernées, en fréquentant des foires commerciales (un traducteur spécialisé dans les textes ayant trait à l'automobile aurait tort de ne pas visiter le salon de l'automobile afin de glaner de l'information).
    Au contraire, une entreprise multilingue doit être spécialisée dans tous les domaines et pour ce faire elle doit investir dans des outils terminologiques tels que les bases de données, les programmes d'alignement et les mémoires de traduction. Une agence de traduction, en effet, doit investir afin d'avoir à sa disposition des programmes qui lui permettront d'emmagasiner des informations relatives aux traductions et aux technolectes de l'entreprise cliente.
    Mais avant toute spécialisation, le fait capital est de surveiller l'évolution de sa propre langue. Ceci est d'autant plus vital, qu'avec l'explosion des technologies de l'information, la langue crée, ajoute, voire supprime du vocabulaire... ce qui n'est pas pour déplaire à nos chers voisins américains, au grand dam de nos linguistes belges!

    Les jeunes diplômés ont intérêt à effectuer des stages afin d'évaluer leurs forces et leurs faiblesses. Le milieu universitaire doit entrer en contact avec les industries : il faut éduquer les entreprises et former les étudiants au monde du travail.
    On vous pardonnera plus facilement une erreur de traduction qu'une faute de grammaire ou d'orthographe dans votre propre langue maternelle. En effet, la maîtrise de sa propre langue est une priorité absolue. La plupart des agences de traduction insistent lourdement sur ce dernier point lorsqu'elles recrutent : cohérences linguistique, sémantique et sociolinguistique sont les fondements même d'une bonne traduction et partant, d'un bon traducteur. Le véritable traducteur doit toujours être au fait des nouveautés linguistiques afin d'en maîtriser toutes les subtilités qui rendent la traduction non seulement fidèle mais esthétique.

    Tous les traducteurs savent pertinemment que leur travail est perfectible à l'infini ; une frustration dont on est aguerri après de nombreuses années dans le métier. La plupart des linguistes et des traducteurs s'accordent à reconnaître qu'une traduction est jugée "bonne" lorsqu'en la lisant, personne n'arrive à déceler que c'est une traduction. La traduction est alors en osmose avec l'original, d'une part, et avec le sociostyle de la langue source d'autre part.
     
  • Copywriter et Technical Writer
    De nombreuses entreprises telles que les agences de publicité et de marketing font aujourd'hui appel à ce qu'on dénomme des "conseillers linguistiques" ou "copy". Ces personnes sont généralement diplômées en lettres, en langues et possèdent également une parfaite maîtrise de leur langue maternelle.
    Cette profession n'est pas plus facile que la traduction, certes on vous demandera moins de traductions mais votre tâche sera de relire, manipuler ou adapter un texte destiné à votre pays. Par conséquent, vous devrez être conscient de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas dans votre pays. Un concept publicitaire peut très bien paraître naturel dans le pays de la langue source et être incongru dans le pays de la langue cible.

    Le conseiller linguistique ou le copywriter doit donc trouver un équilibre entre les différentes langues ; cela constitue la tâche la plus ardue de sa profession. D'autres fois, cela se résume à des relectures de publicités afin de repérer et d'ôter toutes les fautes qui auront pu se glisser dans un texte.
    Il peut aussi travailler dans un département de marketing, et cela rejoint un peu la fonction qu'il occupait dans une agence de publicité. On lui demandera de trouver des slogans, des phrases chocs ; il s'agit d'obtenir une réaction du public en utilisant la langue et l'image qu'il a de la société. Il nĠest pas rare qu'on obtienne cette réaction en prenant en contre-pied les poncifs les plus répandus.
    Cette profession, comme celle de technical writer, a de beaux jours devant elle et convient parfaitement à une personne volontaire, ingénieuse et qui, par-dessus tout, adore manipuler la langue. Mais qu'on ne se trompe pas : un technical writer nĠest désormais plus un simple ingénieur-rédacteur car la communication technique devient de plus en plus publicitaire etÉla publicité devient de plus en plus technique.
     
  • Interprète
    L'interprétariat est un métier fascinant, mais on sait aussi combien c'est épuisant et stressant.
    Encore une fois, je ne voudrais pas vous effrayer mais je pense sincèrement qu'il n'y a pas beaucoup de places en interprétariat pour les jeunes diplômés. Et ceci pour deux raisons cruciales :

    - La plus grande partie des interprètes travaillent pour les institutions européennes ou pour de grands organismes nationaux et internationaux. Il faut garder à l'esprit que ces emplois - assez rares - sont offerts par concours auxquels participent des dizaines de milliers de candidats.

    - La condition sine qua non pour un interprète est d'être parfait bilingue, trilingue (ou avoir passé un minimum de 5 à 10 ans dans un pays étranger). Il vous faut en tous cas parfaitement maîtriser vos langues de travail. L'interprète est une personne cultivée, spontanée et capable de "jongler" avec les mots et d'une vivacité d'esprit plutôt exceptionnelle.

    Finalement, après avoir discuté avec de nombreux interprètes, je sais que cette profession pose de nombreux défis, qu'elle est fatigante mais je sais aussi combien elle est enrichissante.

    Les clés de la réussite résident dans la combinaison de la traduction et de l'interprétation. Qui plus est, vous pourrez vous spécialiser en interprétariat en commençant par la traduction, en acquérant du vocabulaire. Je le répète encore une fois, la spécialisation signifie : se documenter, lire énormément dans sa propre langue, visiter les foires et voyager.

 

Des places à prendre, tout de même.

En guise de conclusion, je rappellerai uniquement que le marché de la traduction offre de réelles opportunités pour les étudiants qui souhaitent vraiment s'investir dans les langues et dont l'amour des mots n'a pas de limites.

Mais plus que l'amour des mots, il faut aussi insister sur la formation informatique dont les étudiants doivent bénéficier. En effet, la mise en pages fait partie du processus traductologique, il faut ré-adapter les textes et tableaux, par exemple, le français est plus long que l'anglais ou bien retravailler les diapos en Powerpoint. Toutes ces manÏuvres supposent une maîtrise minimum des outils informatiques, des programmes de mise en pages, de typographie et à l'heure actuelle, de l'INTERNET.

Merci.